· Les affaires de mœurs sont de plus
en plus pointées du doigt
· Selon des professionnels, la misère sociale n’explique pas
tout
· L’absence de condamnation exemplaire ne favorise pas la
lutte
Après l’Asie, le Maroc serait-il devenu la destination prisée
par une tranche de touristes au comportement nuisible,
dévastateur et difficilement maîtrisable? La catastrophe
naturelle, qui a pour nom tsunami, a-t-elle fait fuir ces
derniers du continent asiatique pour rejoindre le Maghreb?
C’est en tout cas un des messages que les deux chaînes de
télévision françaises ont souhaité faire passer récemment au
travers de reportages à des créneaux horaires à forte audience
(JT de 20 heures sur TF1 et dans l’émission Enquête spéciale à
21 heures sur M6).
Les destinations visées sont Marrakech et Agadir. Elles ont fait
l’objet d’un traitement médiatique particulier et surtout
désastreux pour l’image de ces contrées qui ne manquent pas
d’atouts pour séduire le «vrai» touriste. Ainsi, les deux
régions ont été associées à de nouvelles plateformes attractives
pour l’installation et le développement du tourisme sexuel. Il
est certain que les différents évènements survenus ces derniers
mois aussi bien dans la cité ocre (affaires de pédophilie à
répétition) qu’en terre gadirie (avec les trublions du
journaliste belge Philippe Servaty) ne sont pas du ressort de la
fatalité mais bien des réalités. «Il faut relativiser la
problématique. C’est un sujet hypersensible car il concerne des
mineurs. Certes, les médias ont mis le doigt sur une réalité
mais ce n’est pas celle des 30 millions de citoyens marocains»,
nuance Othman Cherif Alami, président d’Atlas Voyage.
Celui-ci ajoute que les destinations précitées donnent
l’impression au grand public que l’activité y est vaste mais il
affirme que sur le terrain, c’est tout son contraire. «Je suis
contre toute forme de tourisme qui porte atteinte à la famille,
à nos enfants et à la nation. Il ne faut pas oublier le travail
exceptionnel réalisé par les organisations non gouvernementales
(ONG) qui travaillent dans l’ombre, sans gros moyens matériels,
et sans relâche auprès de publics fragilisés», insiste-t-il. Au
lieu de parler de tourisme sexuel, il préfère parler d’actes
commis par des individus qui profitent de la misère sociale.
«L’encadrement des mineurs est de la responsabilité de l’Etat et
des autorités de tutelle. Par ailleurs, la lâcheté du non-dit
doit être combattue et la justice se montrer plus stricte. Nous
avons besoin d’exemples forts avec des condamnations
exemplaires. Nul doute que cela aurait un effet dissuasif»,
peste ce dernier. Othman Cherif Alami appelle tous les
professionnels du secteur à dénoncer tout comportement contraire
à l’éthique et à la morale aux autorités locales. Des textes et
des procédures existent sous l’égide de l’organisation mondiale
du tourisme, elles doivent être appliquées afin de protéger
l’image du pays.
Pour Kamal Bensouda, DG d’Atlas Hospitality, filiale de Royal
Air Maroc, explique ce phénomène par le nouveau mode
d’hébergement qui a vu le jour à Marrakech, en particulier.
«Aujourd’hui, l’environnement est pollué par l’arrivée de
certains nouveaux pensionnaires mal intentionnés qui ont pris
leurs quartiers dans des riads». Pour rappel, Marrakech en
compte 600.
Il poursuit en qualifiant la situation de regrettable car elle
touche des adolescents issus de milieux défavorisés de plein
fouet. A ses yeux, chacun est responsable de ce phénomène. S’il
condamne sans aucune retenue les auteurs d’actes «barbares» et
réclame plus de sévérité de la justice, il souhaite néanmoins
relativiser. «Quand on prend le nombre de touristes au Maroc et
le volume d’affaires de mœurs, il apparaît que le pourcentage
est inférieur à 1%. C’est pour cette raison que je le qualifie
d’épiphénomène, toutefois, nous devons l’éradiquer», complète
Kamal Bensouda.
Il propose une série d’actions comme le renforcement des
contrôles par les autorités, à savoir lors de la remise d’une
autorisation du permis de construire, un engagement sur
l’honneur soit signé par les parties concernées. De plus, si des
mouvements suspects aux abords de lieux de vie sont remarqués,
des opérations musclées doivent être menées sans vergogne. «Ces
propositions visent à sensibiliser chacun car nous sommes tous
concernés, c’est notre jeunesse qui est en danger. Il faut
aborder la problématique avec détermination. Nous avons le
devoir de proposer des emplois à nos jeunes!» tonne le DG
d’Atlas Hospitality. Et d’obtenir des résultats concrets afin
d’éviter de faire le lit des extrêmes.
Il est vrai que la croissance économique exceptionnelle (plus de
5 milliards de DH d’investissement en 2005) que connaît la ville
de Marrakech depuis quelques années pose avec acuité la question
de la répartition des richesses. La jeunesse est-elle le parent
pauvre du développement? L’action répressive ne pourra, à elle
seule, résoudre le problème de fond.
Comment la France s’attaque au fléau?
En France, Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme, a
élaboré en liaison avec les différents acteurs du secteur, une
stratégie de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants,
qui se décline en actions applicables dans l’Hexagone et à
l’étranger. C’est ainsi que des entreprises touristiques
françaises et le Syndicat national des agents de voyage se sont
engagés aux côtés du ministre de tutelle afin de contribuer à la
promotion du tourisme respectueux des droits de l’enfant. Cela
se traduit par une mobilisation générale contre l’exploitation
sexuelle impliquant des enfants.
A cet égard, les entreprises signataires rappellent leur
adhésion aux principes du code de conduite établi par Escapt
(regroupant les agences de voyages européennes) en liaison avec
l’Organisation mondiale du tourisme et le soutien de l’Unicef.
Pour prévenir et lutter contre ce fléau, elles s’engagent à
intensifier à l’étranger les actions promues par le code de
conduite. Il s’agit d’établir une politique éthique d’entreprise
contre l’exploitation des enfants, former le personnel dans les
pays d’origine, introduire une clause dans les contrats avec les
fournisseurs dans laquelle ils déclarent leur rejet commun de
l’exploitation sexuelle des enfants. En outre, il est mentionné
que les acteurs locaux dans chaque destination doivent être
informés régulièrement ainsi qu’annuellement sur la mise en
œuvre des lignes directrices.
A noter que la justice française est aussi compétente pour sévir
les actes de pédophilie commis à l’étranger. Elle a déjà
prononcé de lourdes sanctions ces derniers mois.
source: l'économiste
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