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              "Ce que j'ai préféré dans Marrakech, c'est le quartier européen"

    l'éditeur de « L'absent de Marrakech »

    Pas vu un seul hippie. Je m'étais de nouveau trompé d'époque. Thierry de Beaucé m'a passé sa chambre, où il y a encore plus de livres que chez moi. J'en ai volé deux : « Bucarest » de Paul Morand et le tome un des oeuvres complètes d'Antonin Artaud chez Gallimard. Je vais les lui rendre car ils ne m'ont pas plu. Il est temps d'en finir avec Artaud, sous-Rimbaud anorexique de cinéma muet. Et Bucarest a tellement changé. Tous les portraits de ville sont stupides. Photographier une fourmilière ?

    Ce que j'ai préféré dans Marrakech, c'est le quartier européen. On ne se refait pas, même quand on devrait. La brique de Montrouge dans les avenues de Neuilly : mon rêve rouge-brun enfin réalisé. Les retraités français ont bien raison d'avoir franchi le détroit de Gibraltar pour s'installer au Maroc : l'air est plus doux et moins coûteux. J'ai visité l'ancien appartement de François-Olivier Rousseau, aujourd'hui installé à Tanger. Un quatre-pièces de 120 mètres carrés, loyer 300 euros. L'exil a du bon. Ce qu'il faudrait, c'est quitter Paris pendant plusieurs années et faire un chef-d'oeuvre dans un appartement pas cher. Mais il y a déjà tellement de chefs-d'oeuvre, pourquoi en rajouter un ? Surtout vu comme nos enfants aiment lire. J'ai aussi apprécié la Mamounia, HLM (habitation à luxe modéré) devant une grande piscine. Il y avait Charles Aznavour en compagnie d'Ulla, la Suédoise la plus mythique du XXe siècle avec Greta Garbo et Pia De-germark. Divorcer d'une Suédoise : le truc impossible. Aznavour, Demarchelier, Hamilton et moi, on est bouclés jusqu'à la fin de nos jours dans le bocal de rollmops. J'ai causé avec Roland Castro, qui finissait son déjeuner de fruits de mer au bord de l'eau. Il se lance dans la politique, ça doit être à cause de son nom. Il m'a donné son programme, qui tient sur un feuillet recto verso. Roland s'est fait son petit communisme sympa pour lui tout seul. Je me suis fait le mien, moi aussi, mais n'embête personne avec.

    Thierry recevait chez lui quelques individus de la presse française pour la sortie de son onzième livre, « L'absent de Marrakech » (Editions du Rocher, coll. « La fantaisie du voyageur », 18 euros). Ceci est donc une lettre de château ou plutôt de riad. Ai été infoutu, pendant tout le week-end, de me repérer dans cet endroit. Ils ont dû en baver, les militaires français, pendant la colonisation. J'ai choqué tout le monde en disant que j'aimais le chant du muezzin à l'aube. Qu'est-ce que j'y peux si je suis du matin ? Cet anti-islamisme rampant commence à me taper sur les nerfs. Ils avaient pourtant la cote, les musulmans, dans les années 90. Il n'y en avait que pour eux. L'art de l'Islam, la littérature de l'Islam, l'érotisme de l'Islam. L'imam bosniaque et le vizir kosovar étaient de toutes les sauteries parisiennes ou bruxelloises, alors que le pope serbe bouffait son rata tout seul au fond de sa sacristie. Maintenant qu'on ne les invite plus nulle part, les musulmans doivent trouver le temps long.

    On n'a rien visité. Ah ! si : la maison de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Leur nid d'humour. Elle est bleue comme dans la chanson de Maxime Le Forestier. On s'est assis sur un banc du jardin. Il y avait, dans l'air et le ciel, une gentillesse qui ne faisait pas de bruit. Beaucoup aimé le dernier dîner chez Thierry. Dans les soirées, maintenant, les gens savent qui on est, parce qu'ils ont regardé sur Internet avant de venir. Ça repose. Pour savoir ce que je pense de l'absent de Marrakech, lire ma chronique littéraire du Marianne qui paraîtra samedi

     

    le point 23/02/06 - N°1745

     

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