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Les Européens viennent y chercher des jeunes garçons pour des
passes tarifées. Un commerce qui fait vivre des familles entières.
SUR LA PLACE Djema'a el-Fna, les «Françaouis» viennent chercher les «gazous»
sous le nez de la police, à quelques mètres seulement du commissariat. Les
Marrakchis ont baptisé ce lieu de drague, entre les joueurs de tambour et
les vendeurs de brochettes, «le souk des pédés». Il suffit d'un regard du
client pour que de jeunes Marocains proposent leurs services. Ahmed, qui
presse des jus d'orange pour les touristes, observe le manège quotidien
derrière le bar de sa camionnette. «Les Européens viennent surtout en fin de
journée, raconte-t-il, en ce moment avec la Coupe du monde c'est calme.»
«Certains commencent à 12 ou 13 ans»
Les amateurs se promènent au milieu des badauds qui s'attardent devant les
charmeurs de serpents et les paniers remplis d'escargots baveux. Noyés dans
la foule des touristes, ils repèrent et «négocient du sexe» entre 100 et 400
dihrams (10 et 40 euros). Rien ne se fait sur place. Ils ne repartent même
pas ensemble. Un numéro de portable ou une adresse ont été échangés. Les
jeunes ? Ils ont entre 15 et 18 ans. Ils viennent tous du Mellah, l'ancien
quartier juif de la ville. À deux pas de la medina, au coeur de Marrakech,
c'est un véritable réservoir de chaire fraîche. Près de 70% de la population
y a moins de 20 ans. «Certains commencent à 12 ou 13 ans», raconte Slimane,
profession revendiquée : «faux guide». «Au début, ils demandent un stylo,
une montre et puis c'est l'engrenage. Les jeux, les massages...»
La journée, dans le Mellah, les touristes donnent quelques pièces pour aller
visiter les synagogues. Les familles qui vivent là achètent tout au détail –
cigarettes, huile, sucre... – et s'approvisionnent en fonction des rentrées
d'argent. Les maris «trafiquent» dans le souk, les femmes seules se
prostituent. Dès que le soir tombe, les visiteurs disparaissent de ce dédale
de rues sales qui se transforme en véritable «cour des miracles». C'est
l'heure où les adolescents ont les yeux vitreux d'avoir trop fumé. Sur leur
vélo, ils foncent comme des fous, s'envoient des bières, les unes après les
autres, à la barbe des islamistes qui passent sans jeter le moindre regard.
Dans le Mellah, les familles vivent aussi de la prostitution d'un garçon ou
d'une fille. «Nous sommes tellement pauvres», lâche Slimane, les dents
trouées et noircies comme un gruyère moisi.
Tarik, 15 ans, sort d'une ruelle. Il habite dans deux pièces chez sa
grand-mère avec six frères et soeurs. Le père est en prison, la mère a
disparu. Récupéré par une association humanitaire, il suit depuis deux mois
une formation dans un atelier de confection. Pendant trois ans, il s'est
prostitué. C'est un rabatteur du quartier, Mustapha, qui lui a proposé son
premier client. Au début, ils ont juste discuté, bu du jus d'orange. Puis
l'homme et le rabatteur l'ont emmené dans une ferme à la campagne. En
arrivant, il a pris une menthe à l'eau. Quelques heures plus tard, il s'est
réveillé en caleçon. En rentrant à Marrakech, Mustapha lui a acheté des
baskets. Après, il se faisait payer 300 dirhams à chaque fois pour s'offrir
vêtements et montres Swatch. Tarik a eu des ennuis avec la police, un de ses
amis s'est pendu. Son client régulier, un Breton, vient de purger deux ans
de prison. Pendant trois ans, il lui a souvent rendu visite dans son riad.
De temps en temps, il faisait «du sexe» avec des amis à lui, des touristes
venus lui rendre visite pour quelques jours. Rafida, sa voisine, une jolie
brune de 19 ans, se prostitue aux portes du Mellah avec des Marocains. Le
tarif n'est pas le même. Elle demande 50 dihrams pour une passe. C'est ce
que lui prend chaque jour la nourrice qui s'occupe de sa fille de 10 mois.
«Les Européens s'intéressent surtout aux jeunes garçons», se plaint-elle.
Avant, elle travaillait le matin dans le Guéliz, l'ancien fief des
chrétiens, non loin de la rue Mohammed V et d'un célèbre fast-food. Mais
elle a abandonné le terrain aux garçons.
source : LE FIGARO
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