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L’année
2007 sera celle du « Big Bang » pour le tourisme marocain
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par SAMY GHORBAL
jeune Afrique
6,4 millions de visiteurs attendus cette année, 10 millions espérés en 2010.
Le secteur recueille les fruits d’une politique volontariste.
L’année 2007 sera celle du « Big Bang » pour le tourisme marocain. C’est en
effet en mars prochain que commenceront à se faire sentir les effets du plan
Azur, initié en 2002 par les autorités, et qui se traduira par la création de
six « stations touristiques intégrées » sur la façade littorale du pays. Le
premier hôtel de la zone de Saïdia devrait ouvrir ses portes au printemps
prochain. Située sur la côte méditerranéenne, entre Nador et Oujda, cette
station haut de gamme devrait redynamiser la province de l’Oriental,
économiquement asphyxiée par la fermeture de la frontière terrestre avec
l’Algérie en 1994. Les Marocains ont vu les choses en grand : d’une capacité de
29 000 lits, dont 17 000 lits hôteliers, le site de Saïdia possédera trois golfs
de 18 trous chacun, une marina de 700 anneaux, destinée, en priorité, aux
plaisanciers espagnols, 29 hôtels, des commerces, un centre d’artisanat, un
centre sportif et une promenade de bord de mer de 6 kilomètres. Réalisé en deux
phases, le projet représente un investissement total de 9,5 milliards de dirhams
(860 millions d’euros) et sera entièrement achevé en 2010.
2010, c’est justement le cap que s’étaient fixé les responsables du secteur pour
franchir le seuil magique de 10 millions de touristes. Ils concèdent
aujourd’hui, du bout des lèvres, que le pari ne sera probablement pas tenu dans
les délais et parlent maintenant d’y parvenir en 2012. Bien que légèrement
réaménagée, la « Vision 2010 », esquissée par Mohammed VI en janvier 2001, et
conceptualisée l’année suivante par les autorités et la fédération patronale du
secteur, reste la pierre angulaire de la nouvelle politique touristique du
royaume. Une politique volontariste, originale et intelligente qu’Adil Douiri
est chargé de mettre en musique. Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de
l’Économie sociale, cet ingénieur de 43 ans, affilié à l’Istiqlal, est diplômé
de l’École des ponts et chaussées de Paris. Rompu à la haute finance, il a
participé, à 29 ans, à la création de CFG, la première banque d’affaires
marocaine. Sous sa houlette, le Maroc accueillera cette année 6,4 millions de
visiteurs, contre 5,8 millions en 2005. Son secteur est devenu le premier
pourvoyeur en devises du pays. Le nombre des nuitées croît de 15 % par an, et le
taux d’occupation à Agadir et Marrakech, deux villes qui totalisent les deux
tiers des nuitées, oscille entre 60 % et 70 %.
« Tout au long des années 1990, le Maroc a vécu sur ses acquis - le circuit des
villes impériales - et négligé le balnéaire, alors qu’il possède plus de 3 000
kilomètres de côtes, explique Douiri. Avec environ 2 millions de touristes par
an, nous étions loin de notre potentiel. Il fallait réagir, et la réponse a été
la Vision 2010, qui a été conceptualisée pendant l’âge d’or du tourisme mondial.
» Le secteur était alors en pleine expansion et enregistrait des taux de
croissance à deux chiffres. C’était avant les attentats du 11 septembre 2001… Il
y a cinq ans, les attaques terroristes de New York et Washington et la guerre
d’Afghanistan provoquent un brutal retournement de cycle. Le Maroc connaît une
mauvaise année 2002. Mais le pire est encore à venir. 2003, avec la conjugaison
de l’invasion de l’Irak, en mars, et des attentats du 16 mai, à Casablanca, se
transforme en annus horribilis pour le tourisme. Heureusement, opérateurs et
investisseurs se sont tout de même laissé séduire par Vision 2010.
Au-delà des aléas conjoncturels, le Maroc possède des attraits évidents : la
beauté des sites et des plages, la richesse de son histoire, une identité
marquée, une gastronomie savoureuse, le goût de l’hospitalité, la stabilité
politique. Il a la chance d’être situé à une quinzaine de kilomètres de
l’Espagne, dont le marché intérieur est maintenant saturé. Que des groupes
espagnols, à l’instar de Fadesa, l’aménageur du site de Saïdia, aient envie de
se tourner vers le Maroc pour y développer leurs activités est dans l’ordre des
choses. Encore fallait-il leur offrir des conditions propices. En termes de
fiscalité, d’infrastructures d’accueil, mais également d’infrastructures tout
court - autoroutes, voies ferrées - et de liaisons aériennes.
« La clé de voûte de la réussite de Vision 2010 a été la libéralisation du
trafic aérien, résume Adil Douiri. En gros, il fallait que le nombre de sièges
offerts dans les avions soit en adéquation avec le nombre de lits dans les
hôtels. L’un ne va pas sans l’autre. » Le grand tournant a été négocié en 2004.
Le pavillon national, Royal Air Maroc (RAM), qui avait beaucoup à perdre avec
l’ouverture à la concurrence, a opéré une mue spectaculaire : multiplication des
lignes internationales, ajustement de sa politique tarifaire et marketing,
développement de son réseau africain, via son hub de Casablanca, et, enfin,
lancement d’une compagnie low cost, Atlas Blue, aujourd’hui bien installée dans
le paysage aérien chérifien. Onze nouvelles compagnies ont intégré le ciel
marocain rien qu’en 2004, dont Corsair, SN Brussels ou Virgin Express. Un
mouvement qui va s’amplifier après la signature de l’accord d’open sky avec
l’Union européenne, le 14 décembre 2005, l’étape ultime de la fusion des espaces
aériens. EasyJet, la low cost britannique, proposera un vol quotidien
Londres-Marrakech à 37,99 euros l’aller simple en juillet 2006. Karim Ghellab,
le ministre de l’Équipement et des Transports, l’autre artisan de cette
révolution culturelle, a fait ses comptes : « En 2003, nous avons enregistré un
flux de 5,8 millions de passagers pour 600 rotations aériennes hebdomadaires.
Pour tenir l’objectif de 10 millions de touristes en 2010, il faudra que nous
arrivions à 15,6 millions de passagers transportés, pour 1 300 rotations
hebdomadaires. Mais le plus dur commence. Une centaine de nouvelles dessertes
doivent être créées chaque année au cours des cinq prochaines années. » Signe
encourageant : la première low cost privée basée au Maroc, Jet4You, entrera
bientôt en service.
La réalisation du plan Azur et la création des six nouveaux pôles de
développement balnéaire, à Mogador, Lixus, Mazagan, Saïdia, Taghazout et
Plage-Blanche (voir éclairage), devraient stimuler la croissance de l’offre
aérienne. Dans chacun de ces sites, c’est le Fonds Hassan-II, alimenté par les
recettes des privatisations, qui a pris en charge la construction des routes
menant aux aéroports, ainsi que le raccordement aux réseaux hydraulique et
électrique nationaux. Des investissements lourds mais dérisoires au regard de
l’apport des privés à qui les centaines d’hectares des nouvelles zones
touristiques ont été concédées pour être viabilisées et revendues, en parcelles,
à des groupes hôteliers. Des investisseurs marocains, français, espagnols,
belges, néerlandais, sud-africains ou émiratis ont répondu à l’appel. « Ce type
de partenariat public-privé est particulièrement fécond, explique Adil Douiri. À
titre d’exemple, un investissement public de 30 millions d’euros du Fonds
Hassan-II engendre in fine un investissement privé de près de 500 millions
d’euros. » Au total, selon ses promoteurs, le plan Azur devrait permettre de
créer 600 000 emplois directs…
« L’essor du tourisme est indéniable. Il est même flagrant dans une ville comme
Marrakech, la destination la plus prisée des Français et des Occidentaux. Mais
on ne commence que maintenant à parler de l’envers du décor : la prostitution et
la pédophilie. Il ne faudrait pas que le Maroc devienne une destination de
tourisme sexuel », s’inquiète une journaliste qui a réalisé plusieurs reportages
sur la question. La mobilisation des associations de quartier, à Marrakech, et
l’écho donné, par les médias à des scandales retentissants ont aidé à une prise
de conscience. Les choses bougent enfin. La police a reçu pour instruction de
pratiquer « la tolérance zéro » et s’est engagée dans une guerre sans merci
contre les réseaux pédophiles. « Les délinquants sexuels doivent savoir qu’ils
n’ont rien à faire au Maroc », conclut Adil Douiri.
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