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La ville de Marrakech est un haut lieu de
spiritualité et des croyances populaires. Les saints y sont nombreux, mais les
plus connus sont au nombre de sept.
Le chiffre 7 a une vertu toute spéciale dans l'Islam et une valeur
prophylactique pour les Marrakchis conservateurs.
Les saints de l'Islam sont de deux sortes: les sains sérieux ou saints des
lettrés, sujets des hagiographies et les saints populaires ou saints du peuple
qui n'ont qu'une réalité historique assez difficilement saisissable.
Parallèlement, il y a deux notions de sainteté: la sainteté héréditaire qui
est considérée comme susceptible de transmission et la sainteté d'initiation
qui est le résultat d'un entraînement spirituel rigoureux dans le cadre d'une
confrérie religieuse (cf. Emile Domenghem, Le culte des Saints )
Les sept saints de Marrakech, appelés généralement les sbaâtou Rijal (Sept
hommes), sont considérés comme des saints sérieux. Ils étaient des hommes
pieux, des grands mystiques ou des théologiens célèbres. Certains d'entre eux
ont laissé des oeuvres réputées dont la qualité scientifique est reconnue.
Néanmoins, ces saints, peu de temps après leur mort, ont fait l'objet d'un
culte véhiculant, parfois, des croyances et des pratiques étrangères à
l'Islam.
Ainsi croit-on que le saint est omnipotent. Il accorde des faveurs et lance
des malédictions. On raconte aussi qu'il peut être sévère et intolérant. Sidi
Bel Abbès livre Ceuta aux Espagnols et maudit les palmiers de Marrakech qui ne
vont donner par la suite que des dattes pourries. Moul Laksour, jaloux et
refusant la concurrence, empêche Sidi Rahal de s'installer à Marrakech.
Le culte dont jouissent les sept saints n'est pas très ancien. Il fut institué
officiellement au 17ème siècle et coïncide avec l'apparition du maraboutisme
au Maroc qui va dominer les campagnes et pénétrer même dans les villes.
Croyances et usages du chiffre sept:
L'étude du culte de Sbaâtou Rijal (Sept hommes) de la ville de Marrakech exige
qu'on étudie le rôle du chiffre 7 rencontré dans plusieurs usages et pratiques
de cette ville.
Ce chiffre est partout présent. On le trouve dans la religion, la magie, la
gastronomie traditionnelle, la culture populaire, voire dans l'organisation
spatiale de la ville.
Etudiant ce chiffre, Abderrahman Al Hamadani rapporte dans son ouvrage
As-Sabînyat (Les soixante-dixièmes) qu'il est d'une grande importance.
Ainsi pense-t-il que Dieu a créé sept cieux, sept étoiles, sept terres et
l'enfer qu'il a doté de sept étages (rangs) et de sept portes.
De plus, Al Hamadani ajoute que Dieu a orné le Coran de sept septièmes (Asbaâ),
l'univers de sept mots: la-ilaha-illa-allah-Mohamed-Rasoul Allah (Il n'y a de
Dieu que Dieu, Mohamed est le prophète de Dieu), le monde de sept provinces (Aqalim)
et les provinces de sept jours.
Pour Mohamed Boughali, le chiffre 7 a une valeur prophylactique et
protectrice. Il croit que la vie du Marrakchi conservateur est jalonnée par la
présence de ce chiffre dans toutes ses différentes étapes à savoir la
naissance, la circoncision, le mariage et le pèlerinage.
En effet, lorsqu'une femme accouche, elle doit se retirer avec son nouveau-né
dans la chambre où a eu lieu l'accouchement pendant une période de 7 jours, et
cet enfant n'est baptisé qu'au septième jour.
Lors de la circoncision, l'enfant circoncis et sa mère font une retraite de
sept jours dans une chambre de la maison parce que la circoncision est
assimilée à "une seconde naissance".
Aussi le mariage oblige-t-il les deux époux à se retirer, pendant une période
de sept jours dans la chambre nuptiale. Cette pratique vise particulièrement à
"empêcher l'épouse de perturber l'harmonie domestique secrète par le pouvoir
dont elle est porteuse. Il faut attendre que l'espace auquel elle vient d'être
intégrée s'habitue à sa présence". (Boughali).
Après son retour du pèlerinage à la Mecque, le pèlerin fait une retraite de
sept jours dans sa chambre qu'il est considéré comme nouveau-né et nouveau
marié. Au terme de cette retraite, le pèlerin sort pour vaquer à ses
occupations.
Libération
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